Voyage au fil des siècles : l’histoire fascinante du riesling en Alsace
24 février 2025
24 février 2025
Avant de briller sur les coteaux alsaciens, le riesling trouve ses origines bien au-delà des frontières d’Alsace. Il est probable qu’il ait vu le jour dans la vallée du Rhin, en Allemagne, quelque part au cours du XVe siècle. Les recherches ampélographiques nous indiquent que le riesling descendrait de cépages anciens comme le gouais blanc et le traminet, ce dernier étant l’ancêtre du gewurztraminer.
Le premier écrit mentionnant le riesling remonte à 1435, dans une facture d’achat découverte dans les archives du Rhin moyen : un certain Klaus Kleinfisch y consigne l’achat de « plants de riesling » pour son vignoble de la région de Rüsselsheim. Il est fascinant de se dire que, dès cette époque, on reconnaissait déjà le potentiel extraordinaire de ce raisin.
Mais alors, comment le riesling a-t-il trouvé son chemin jusqu’en Alsace ? L’histoire est sans doute liée aux échanges commerciaux et culturels intenses entre les deux rives du Rhin. Dès le XVIe siècle, le cépage s’installe peu à peu dans les vignobles alsaciens, où il trouve des terroirs de prédilection.
Si l’Alsace partageait à l’époque des influences politiques et culturelles communes avec l’Allemagne – notamment au sein du Saint-Empire romain germanique –, elle avait déjà des atouts uniques à offrir au riesling : ses sols variés et sa géographie exceptionnelle. Entre l’argile, le calcaire, le grès et les marnes, ce cépage, toujours proche de son terroir, pouvait s’exprimer avec un éclat unique. L’exposition idéale des coteaux alsaciens, alliée au microclimat sec de la région grâce à la barrière naturelle des Vosges, a également largement contribué à sa réussite.
Au XVIIIe siècle, le riesling commence à s’imposer comme un cépage noble en Alsace, surpassant les cépages plus rustiques ou moins adaptés aux climats locaux. On le retrouve dans les vignobles les mieux situés : en altitude, sur les coteaux les plus ensoleillés.
Néanmoins, la notoriété du riesling alsacien connaît des hauts et des bas en raison des grands bouleversements politiques et historiques qui frappent la région. La guerre de Trente Ans (1618-1648), notamment, a dévasté les vignobles, et il faudra plusieurs décennies pour que le vin alsacien retrouve son éclat.
Le XIXe siècle est une période charnière : lors de l’Annexion allemande en 1871, l’Alsace redevient terre impériale. Les Allemands, déjà grands amateurs de riesling, encouragent fortement sa culture. Cela renforce sa place prépondérante dans les vignobles alsaciens, mais cette prospérité est à nouveau mise en difficulté avec la crise du phylloxéra à la fin du siècle.
La crise du phylloxéra au tournant des XIXe et XXe siècles ravage les vignobles européens, forçant les viticulteurs à repenser leur approche. En Alsace, comme ailleurs, le greffage des cépages européens sur des porte-greffes américains résistants devient la norme. Le riesling, réputé pour sa capacité d’adaptation, renaît ainsi sur des bases encore plus solides.
Après la Première Guerre mondiale, alors que l’Alsace redevient française, une volonté forte émerge de préserver l’identité et la qualité des vins alsaciens. Le riesling devient un acteur clé de cette renaissance qualitative. En 1962, avec le système des appellations d'origine contrôlée (AOC) en Alsace, il est confirmé comme l’un des cépages majeurs de la région. Puis, en 1975, une autre étape cruciale est franchie : le riesling est élevé au rang de cépage autorisé pour les prestigieuses appellations « grands crus » alsaciennes.
Si le riesling est présent dans d'autres régions viticoles du monde, celui d'Alsace a une personnalité propre, façonnée par son territoire et le travail passionné des vignerons. Voici ce qui le rend si spécial :
Sans oublier que le riesling alsacien peut aussi donner naissance à de grands vins de gastronomie, qu’il s’agisse de Vendanges Tardives ou de Sélections de Grains Nobles, riches en sucre et en intensité aromatique.
De nos jours, le riesling est plus que jamais l’une des grandes signatures des vins d’Alsace. Avec près de 22% des surfaces plantées en cépages blancs (source : Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace - CIVA), il est au cœur de l’identité viticole régionale.
Il participe également au rayonnement international de l'Alsace, car il séduit de plus en plus les amateurs du monde entier. Que ce soit en Europe, aux États-Unis ou en Asie, les rieslings alsaciens trouvent leur place sur les plus belles tables et dans les caves des épicuriens avertis.
Les vignerons alsaciens, eux, continuent d’innover tout en respectant la tradition. On voit apparaître des pratiques plus respectueuses de l’environnement, avec une montée en puissance de la viticulture bio et biodynamique – des démarches visant à sublimer l’expression naturelle du riesling.
Alors, la prochaine fois que vous dégusterez un riesling d’Alsace, souvenez-vous : chaque gorgée est une plongée dans plusieurs siècles d’histoire. De ces origines germaniques jusqu’aux sommets des classements actuels des grands vins blancs du monde, le riesling s’est imposé comme un témoin vivant de la passion des hommes pour le vin et de leur relation intime avec la terre.
Ouvrez une bouteille, versez un peu de cet or liquide dans votre verre, fermez les yeux et partez à la rencontre des terroirs alsaciens. Le riesling, fidèle compagnon des moments authentiques, est toujours prêt à vous raconter son histoire.